Intervention de M. Abdou ABARRY, Représentant permanent du Niger auprès des Nations Unies au nom des A3 et Saint Vincent et les Grenadines sur la question de la Force Conjointe du G5-Sahel

Intervention de M. Abdou ABARRY, Représentant permanent du Niger auprès des Nations Unies au nom des A3 et Saint Vincent et les Grenadines sur la question de la Force Conjointe du G5-Sahel

Monsieur le Président

Je voudrais, au nom des A3+1, à savoir, le Kenya, , la Tunisie, les Saints Vincent et les Grenadines, et le Niger, remercier très sincèrement, Monsieur Jean Pierre Lacroix, Secrétaire General adjoint aux opérations de maintien de la paix,  le General Oumarou Namata, Commandant de la Force Conjointe du G5 Sahel et le Président de la Commission de Consolidation de la Paix, M. Mohamed Idris, pour leurs excellentes présentations et pour leurs engagements soutenus en faveur de la stabilisation de la situation au Sahel.

Nous saluons également la présence parmi nous aujourd’hui de Son Excellence Monsieur S.E. M. Oumar Ibn Daoud, Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères, à l’Intégration Africaine et à la Diaspora, dont le pays assume actuellement la présidence tournante du G5 Sahel.

Monsieur le Ministre, au nom des A3+1, je voudrais ici rendre hommage au défunt Président Idriss Deby Itno, dont le rôle et celui du Tchad sont incommensurables dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Monsieur le Président

Je concentrerai mes remarques sur deux aspects, notamment les constats (observations factuelles majeures) et les recommandations des A3+1.

Premièrement, en ce qui concerne les constats :

Aujourd’hui, le lien entre développement et sécurité est clairement démontré au Sahel où ces phénomènes interagissent entre eux dans une boucle de rétroaction. 

Sur le plan sécuritaire, l’évaluation présentée dans le rapport du Secrétaire General et la présentation du General Namata dépeignent globalement une opérationnalisation appréciable de la Force Conjointe.  Ses actions militaires ont permis de neutraliser et de capturer des terroristes et autres criminels dans ses zones d’opération. D’énormes progrès ont été réalisés dans le domaine du respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Le déploiement du 8e bataillon tchadien, composé de 1 200 éléments, portant l’effectif total de la force conjointe à 5 534 hommes, commence déjà à démontrer son utilité dans la zone des trois frontières. A cela s’ajoute la bonne coordination entre les forces alliées sur le terrain, à savoir la Force Conjointe, les forces armées nationale, et l’opération Barkhane. Cela a permis de perturber les chaînes logistiques des groupes terroristes armés et de réduire leur nombre, contribuant ainsi à la stabilisation de la région, ce qui est d’une importance capitale.

C’est le lieu de saluer l’appui inestimable de la MINUSMA, de l’Union Africaine, de l’UEMOA, de la CEDEAO, de la France, de l’Union Européenne, des États Unis, de la Chine, de la Russie, de la Turquie, du Sénégal, du Rwanda et de tous les autres partenaires qui ont contribué de par leurs concours multiples et multiformes à l’opérationnalisation de la Force Conjointe.

Les officiers de liaison d’AFRICOM des États Unis et de Barkhane de la France au sein de la Force Conjointe appuient quotidiennement le Commandant.

Aussi, depuis sa réorganisation, le Secrétariat exécutif du G5 Sahel a considérablement amélioré son soutien à la Force Conjointe. Il a démontré sa capacité à coordonner et à suivre la mise en œuvre du cadre de coopération entre les États sahéliens. De même qu’il a démontré son aptitude à assurer en toute autonomie, la gestion de son propre système de passation de marchés.

Cependant, ces résultats engrangés sont réalisés à l’aune d’un manque accru d’équipements et une faible capacité logistique dus essentiellement à un sous financement et à un retard de déboursement des fonds promis. Or l’évaluation du mécanisme de soutien à la Force Conjointe  a révélé que la viabilité de la lutte contre le terrorisme dépendra de ressources prévisibles et adéquates.

Conséquemment, malgré les progrès que je viens de mentionner, 2020 a été l’année la plus meurtrière pour les civils dans la zone tri-frontalière du Burkina Faso, du Mali et du Niger, où plus de 2 440 civils ainsi que des forces de défense et de sécurité ont perdu la vie.

A cet égard, nous soulignons la nécessité de déployer des efforts collectifs et d’adopter une approche intégrée pour lutter contre ce terrorisme transfrontalier dont les ramifications en Afrique restent très préoccupantes.

Depuis 2018, dans la région du Liptako-Gourma, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays a été multiplié par vingt.

En outre, les conflits intercommunautaires exacerbent la complexité de la situation sécuritaire, y compris la lutte contre le terrorisme. Par ailleurs, les effets néfastes du changement climatique continuent également d’exacerber la situation humanitaire dans la région.

Nous devons donc continuer à prendre en compte la relation complexe entre le changement climatique et les conflits afin de prévenir et de relever les défis de pauvreté, d’insécurité alimentaire et de violence intercommunautaire causés par le changement climatique en vue de créer des conditions de paix et de réduire le risque de violence.

En outre, dans le cadre de l’amélioration du soutien de la MINUSMA à la Force conjointe, un certain nombre de mécanismes a été mis en place, y compris le recours de entreprises privées en vue d’acheminer les appuis aux contingents opérant hors du Mali..

Nous sommes préoccupés par le retard de 11 mois dans l’exécution de ces contrats après l’adoption de la résolution 2531 (2020), mais surtout par le fait que cette formule, même si activée, engendrerait des couts supplémentaires à la Force Conjointe s’il advient que l’acheminement ne se fasse pas jusqu’aux bataillons.   

Sur le plan du développement, l’évolution de l’indice de développement humain dans le monde montre que les pays sahéliens, avec un taux de croissance annuel moyen de 1,2% sur les 20 dernières années, ont dépassé la moyenne mondiale de 0,7% sur la même période. Malheureusement, l’impact de la pandémie du COVID 19, couplé au lourd coût financier de la défense des territoires, a entamé leur capacité à investir dans le secteur du développement et des services sociaux de base.

Ainsi, le soutien à la mise en œuvre du Programme d’Investissement Prioritaire (PIP) issu de la Stratégie pour le Développement et la Sécurité (SDS) est plus que jamais nécessaire.   

A cet égard, les A3+1 saluent la récente nomination de M. Abdoulaye Mar Dieye en tant que coordinateur spécial pour le développement au Sahel et l’encouragent à renforcer le soutien à la mise en œuvre de la Stratégie Intégrée des Nations Unies pour le Sahel (SINUS) en partenariat étroit avec l’UNOWAS, les pays du Sahel, les organisations régionales [dont l’Union africaine (UA), la Communauté économique des Afrique centrale Unis (CEEAC), la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et le G5 Sahel.

Monsieur le Président,

16.      A la lumière des constats ci-haut, je voudrais au nom des A3+1 faire les recommandations suivantes :

Aux impératifs de Sursaut Politique et de Sursaut Civil prônés lors du Sommet des Chefs d’État du G5 Sahel, à Ndjamena, du 15 au 16 Février dernier, il faut associer l’impératif du Sursaut de Développement. 

Dans cette perspective, la paix étant un bien public mondial, le Conseil de sécurité et la communauté internationale ont la responsabilité morale de ne pas laisser la digue du Sahel céder.

Si tel est l’objectif, nous devons prendre en compte les recommandations constantes du Secrétaire Général, basées sur les évaluations du soutien de la MINUSMA à la Force Conjointe, en créant le mois prochain un Bureau d’Appui des Nations Unies pour le soutien logistique et opérationnel. C’est la seule option qui permettrait d’éviter que ce barrage ne cède, alors qu’en plus de l’insécurité croissante à laquelle font face les Etats du G5 Sahel, deux d’entre eux sont malheureusement confrontés à une crise interne dont le dénominateur commun est la situation qui prévaut en Libye.

Si tel est l’objectif, nous devons prendre en compte les recommandations continues du Secrétaire Général, issues des évaluations du soutien de la MINUSMA à la Force Conjointe, en créant, le mois prochain, un Bureau de Soutien logistique, tactique et opérationnel.

C’est la seule option qui éviterait à cette digue de céder lorsqu’en plus de l’insécurité croissante à laquelle font face les États du G5 Sahel, deux d’entre eux sont malheureusement confrontés à une crise interne, dont le dénominateur commun est la situation qui prévaut en Libye.

En ce qui concerne l’actuel soutien amélioré à la Force conjointe par le recours à des sociétés privées, le retard de 11 mois dans la mise en œuvre de la nouvelle formule est en soi révélateur des insuffisances qu’elle ne manquera pas de comporter ; de plus ce soutien additionnel ne prend en compte qu’une partie du soutien plus global qui serait nécessaire pour la Force Conjointe.

Le montant budgétisé pour le recours aux entreprises privées à des fins de livraison aurait été plus utile en équipant la Force Conjointe sur le plan logistique afin qu’elle puisse effectuer elle-même de manière autonome les collectes de fournitures. 

Ces faits militent également en faveur de la mise en place du bureau d’appui.

En ce qui concerne la récurrence des conflits intercommunautaires, la mise en place d’un projet conjoint G5 Sahel/ONU contribuerait de manière significative à endiguer les causes profondes et à prévenir la récurrence de ces conflits. 

En outre, le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR) renforceront certainement les efforts collectifs de sécurité régionale, y compris les mesures visant à rendre la force conjointe du G5 Sahel autonome.

Quant à la Commission de consolidation de la paix, son soutien aux priorités de consolidation de la paix du Burkina Faso en 2020 est louable. Nous encourageons sa reproduction dans le reste des pays du G5 Sahel, en pleine coordination avec les pays intéressés.

En outre, elle devrait collaborer avec la Force conjointe dans le secteur de la coopération civilo-militaire, à travers des projets à impact rapide qui renforcent la collaboration et la confiance avec les populations locales.

La Commission pourrait également appuyer le Projet d’Aménagement Territorial Intégré (PATI), entre municipalités des régions du Sahel (Burkina Faso), de Tombouctou (Mali) et de Tillabéri (Niger) – où vivent 5,5 millions d’habitants – prévu pour une durée d’un an et financé à hauteur d’un milliard de FCFA par l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA).

En conclusion, Monsieur le Président, l’heure doit être au bilan, afin d’évaluer et d’ajuster nos stratégies d’intervention. La balle est dans le camp du Conseil de sécurité, qui doit saisir cette opportunité pour continuer à soutenir et à assister le Sahel tout au long de cette phase critique de la lutte contre le terrorisme.

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