Déclaration de M. Aougui Niandou,  Représentant permanent adjoint du Niger auprès des Nations unies (Au nom de l’A3+1) au briefing du Conseil de sécurité sur la situation au Mali

Déclaration de M. Aougui Niandou, Représentant permanent adjoint du Niger auprès des Nations unies (Au nom de l’A3+1) au briefing du Conseil de sécurité sur la situation au Mali

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de faire cette déclaration au nom de l’A3+1, à savoir l’Afrique du Sud, la Tunisie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et le Niger.

Je voudrais tout d’abord saluer chaleureusement M. Mahamat Annadif, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies au Mali, pour sa présentation et pour son engagement soutenu en faveur de la stabilisation de la situation au Mali.

Monsieur le Président,

La détérioration de la situation socio-politique au Mali, suite aux manifestations de rue qui ont conduit aux événements du 18 août 2020, avec le renversement de l’ordre constitutionnel par les militaires, est une source de préoccupation pour nous. Compte tenu de l’impact négatif que ces événements pourraient avoir sur la stabilité, la situation économique, sociale et sécuritaire, notamment sur la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont pris des mesures pour imposer des sanctions au Mali et aux membres de la junte militaire. 

Aujourd’hui, nous sommes heureux de constater les progrès accomplis sur la voie de la normalisation, notamment la publication d’une charte de transition tenant compte des décisions des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO et le retour progressif à l’ordre civil et constitutionnel. Ces évolutions positives ont permis la levée des sanctions imposées par la CEDEAO.

Néanmoins, d’importantes tâches attendent la transition, notamment la lutte contre le terrorisme, le rétablissement de la paix et de la sécurité dans tout le pays et des réformes institutionnelles capables de restaurer la paix sociale dans le pays et la pleine opérationnalisation de la zone de développement du Nord. L’accord de paix et de réconciliation reste le cadre pertinent pour ces réformes institutionnelles nécessaires et urgentes et ces tâches prioritaires ; sa mise en œuvre doit rester une priorité. La poursuite de la mise en œuvre de la stratégie de stabilisation du Mali central est également d’une importance vitale pour relever les défis du Mali central.

A cette fin, nous appelons tous les acteurs politiques maliens à s’engager résolument dans un dialogue véritable et inclusif dans le cadre dudit Accord et du processus conduit par la CEDEAO pour relever de manière globale les défis auxquels le pays est actuellement confronté.

Les A3+1 se félicitent du communiqué de la CEDEAO du 5 octobre 2020, et expriment leur plein soutien au Mali et appellent les différents partenaires à soutenir les nouvelles autorités civiles maliennes dans la restauration du contrôle et de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et la reprise de la fourniture des services sociaux essentiels.

Nous saluons les efforts continus de la MINUSMA dans la mise en œuvre de ses priorités telles que contenues dans la résolution 2531 (2020), y compris sa contribution à la réconciliation et à la cohésion sociale dans le centre et le nord du pays. Son soutien essentiel, qui a permis le redéploiement des forces de défense et de sécurité maliennes reconstituées, doit être salué malgré les défis qui restent à relever.

À cet égard, et afin de consolider les progrès réalisés, il est nécessaire de redoubler d’efforts pour résoudre tous les défis en suspens afin que les unités reconstituées redéployées puissent jouer leur rôle et contribuer plus efficacement au dispositif de sécurité dans le nord du Mali, notamment à Kidal, et faciliter le retour des représentants de l’État dans ces régions.

Dans le même ordre d’idées, l’A3+1 salue l’engagement et les efforts de médiation continus de la CEDEAO au cours des derniers mois. Cela démontre son appropriation et son leadership dans la résolution pacifique des crises multidimensionnelles qui assaillent la région. Nous encourageons la CEDEAO à continuer d’accompagner les Maliens dans la mise en œuvre de la feuille de route au cours des prochains mois.

La recherche de la paix et de la stabilité au Mali exige que la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies travaillent en étroite collaboration et conjuguent leurs efforts pour parvenir à une paix durable.

La préservation de la paix, de la sécurité et de la stabilité au Mali est essentielle pour la paix, la sécurité et la sérénité de toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà.

Monsieur le Président,

Les événements du 18 août à Bamako ne sont pas nouveaux pour la population malienne, ce qui nécessite une révision du modèle politique et de gouvernance au Mali et de la manière dont les interventions des partenaires internationaux au développement sont mises en œuvre dans le pays. Les plans et programmes de développement doivent être centrés sur les personnes et promouvoir une participation inclusive et une appropriation totale par le peuple malien.

À cette fin, les Maliens devraient être les principaux acteurs de la stabilisation de leur pays.

Monsieur le Président,

Sur le plan de la sécurité, le Mali et le Sahel continuent d’être exposés aux horreurs du terrorisme. L’extrémisme violent, la violence intercommunautaire et le crime organisé transnational méritent une plus grande attention. Nous restons préoccupés par la poursuite des attaques contre les civils, les soldats de la paix de la MINUSMA et les forces maliennes et condamnons ces attaques, nous réaffirmons que les auteurs de ces crimes odieux doivent être traduits en justice.

Nous continuerons à réaffirmer que la paix est un bien public mondial. La menace pour la sécurité au Mali et au Sahel transcende la région, elle a des implications catastrophiques pour le reste du continent africain et le monde entier. Les efforts des États sahéliens doivent donc être accompagnés et soutenus de manière adéquate, tant au niveau bilatéral que multilatéral, notamment dans leur démarche collective.

La force conjointe G5 Sahel a permis de mener plusieurs opérations de grande envergure depuis sa création en 2017, conformément à son mandat. Ces efforts, pour être plus étendus et plus décisifs, nécessitent un soutien prévisible et durable. 

Les A3+1 se félicitent du soutien de la communauté internationale et, en particulier, de celui de la MINUSMA, à la force commune du G5 pour le Sahel. Nous sommes encouragés par les progrès réalisés dans le cadre de la résolution 2531 sur l’amélioration du soutien à la force conjointe. Cela aura un impact opérationnel immédiat pour la force conjointe.

Toutefois, compte tenu des dispositions de la résolution 2391, qui soulignent spécifiquement que le soutien à la force conjointe du G5 pour le Sahel ne doit pas affecter la performance de la MINUSMA, et compte tenu de l’évolution récente de la situation sociopolitique et sécuritaire au Mali, qui exige que la MINUSMA redouble d’efforts et se concentre sur les tâches essentielles de son mandat afin de réaliser ses priorités stratégiques, nous pensons qu’il est temps qu’un soutien solide soit apporté à la force conjointe par le biais d’un bureau d’appui dédié, comme l’a recommandé le Secrétaire général à de nombreuses reprises.

Monsieur le Président,

Pour conclure, la situation humanitaire au Mali et au Sahel reste très préoccupante. Les effets de COVID 19, des inondations et de l’insécurité alimentaire, qui ont augmenté à un rythme alarmant, appellent à un financement urgent du Plan de Réponse Humanitaire 2020. Au 31 août 2020, seuls 35 % des 474,3 millions de dollars nécessaires à sa mise en œuvre avaient été reçus.

Afin de relever durablement les multiples défis de la région, il est nécessaire d’adopter une approche globale pour relever la myriade de défis au Mali et dans cette région en général, notamment les défis du développement, de la pauvreté et du chômage.

À cet égard, nous appelons les partenaires internationaux du Mali à intensifier leurs efforts d’assistance dans cette phase particulière et délicate de l’histoire du pays afin de contribuer à la stabilisation du pays et d’assurer sa transition vers une démocratie pleinement stable et prospère.

Je vous remercie !

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