Déclaration de M. Abdou ABARRY Représentant Permanent du Niger auprès des Nations Unies a la Réunion du Conseil de sécurité en formule Arria sur l’exploitation des ressources naturelles dans la région des Grands Lacs

Déclaration de M. Abdou ABARRY Représentant Permanent du Niger auprès des Nations Unies a la Réunion du Conseil de sécurité en formule Arria sur l’exploitation des ressources naturelles dans la région des Grands Lacs

Monsieur le Président, Je voudrais remercier les initiateurs de la réunion d’aujourd’hui, qui porte sur l’exploitation illégale des ressources naturelles dans la région des Grands Lacs. Les excellentes présentations qui viennent de nous être faites montrent à suffisance la centralité de cette question pour les gouvernements et les peuples de cette région.

Monsieur le Président,

Je suis particulièrement heureux de prendre part à nos discussions d’aujourd’hui dans la mesure où, la problématique de l’exploitation illégale des ressources naturelles dans la région des Grands Lacs nous a toujours préoccupé dans le cadre de nos travaux au sein des Comités de Sanctions sur la République Démocratique du Congo, et sur la République Centrafricaine. Ces préoccupations ont été portées de façon constante par les pays initiateurs de la réunion d’aujourd’hui, à savoir, la République Démocratique du Congo, l’Afrique du Sud, les États-Unis, la Belgique, et bien d’autres, tout au long des travaux des comités que j’ai la charge de présider. Et c’est pourquoi je les en remercie très sincèrement. 

De façon unanime, les présentations que nous venons de suivre, ont démontré le lien intime qui existe entre les dynamiques politiques qui ont cours dans la région des Grands Lacs, et qui sont positives, et l’impact négatif qu’ont les activités des groupes armés, vecteurs de déstabilisation, qui entraine des pertes en vie humaines, qui se perpétuent grâce notamment à l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Au plan politique, l’alternance pacifique réussie en République Démocratique du Congo, a permis au Président Félix Tchisékedi de lancer une vaste offensive diplomatique qui a abouti à l’amélioration des relations entre plusieurs pays de la région et de réduire les tensions, ouvrant ainsi la voie à des perspectives prometteuses de paix, de sécurité et de développement. Les récentes élections réussies au Burundi, qui marquent une autre alternance pacifique au sommet de l’Etat, procèdent de cette dynamique positive.

A l’inverse, la situation sécuritaire, bien que globalement stable, reste tout de même préoccupante, en particulier dans l’Est de la République Démocratique du Congo, en raison des activités menées par les multiples groupes armés, aussi bien contre les Forces de défense et de Sécurité Congolaises, que contre les populations civiles.

Il est regrettable de constater, que ni l’épidémie d’Ebola qui sévissait dans l’Est du Congo, ni la pandémie du COVID-19, n’ont amené ces forces négatives à respecter l’appel lancé par le Secrétaire Général en faveur d’un cessez-le-feu humanitaire pour permettre de faire face aux conséquences de cette grave pandémie.

A travers ses différents rapports, le Secrétaire Général, ainsi que ses Envoyés Spéciaux et Représentants dans la région, de même du reste que le Groupe d’Experts, ont toujours mis l’accent sur la nécessité d’une action concertée pour faire face aux différents groupes armés, qui au-delà des pays, déstabilisent l’ensemble de la région.

Pour leur part, les groupes armés, malgré, les défaites qu’ils ont enregistrées ces derniers temps, grâce aux actions concertées des FARDC et de la MONUSCO, notamment les ADF, continuent de mener une guerre asymétrique, y compris au moyen de recrutement d’enfants soldats, des violences contre les populations civiles, en particulier contre les femmes, victimes de violences de toutes sortes.

Comme nous l’avons souligné dans le cadre des déclarations des A3+1, les 22 et 25 juin derniers, à l’occasion des briefings du Conseil de Sécurité sur la MINUSCA et la MONUSCO, l’approche des processus de Désarmement Démobilisation et Réinsertion de ces pays devrait développer les meilleures stratégies pour une réinsertion communautaire des ex-combattants, afin de donner la chance à une grande majorité d’entre eux de s’éloigner des armes et de la tentation de retourner au sein des groupes armés.

En République Centrafricaine, si la perspective de l’organisation d’élections générales en Décembre prochain constitue une source d’espoir, il faut craindre ici également, que les activités des Groupes Armés dans plusieurs régions de ce pays, n’entravent dangereusement le déroulement des différents scrutins.

Monsieur le Président,

Il est aujourd’hui indiscutable, qu’il existe un lien inextricable entre les forfaits commis par les forces négatives en RDC comme en RCA et l’exploitation illicite des ressources naturelles, ces dernières permettant de dégager les ressources nécessaires à l’achat d’armes et d’équipements utilisés pour la poursuite des actions de déstabilisation de ce pays. Il n’est dès lors pas surprenant, que la carte d’opération des groupes armés coïncide avec celle des régions riches en minerais, comme l’or, le diamant et les autres métaux précieux dont regorgent les pays de la région.

Dans ce pillage à ciel ouvert, et c’est de cela qu’il s’agit, les responsabilités sont multiples. Elles sont nationales, régionales et assez souvent, elles impliquent les firmes multinationales avides de profits et peu soucieuses des pratiques vertueuses.

Dans cette région, hélas, il n’y a pas qu’un seul tueur. Chacun y va de son petit coup de couteau, en fonction de son intérêt du moment.

En effet, rien que sur le trafic d’or et de diamant, sur lequel le Groupe d’experts se sont souvent intéressés, il est apparu des dysfonctionnements par rapport aux activités de certaines raffineries qui ne font pas les vérifications requises ; qui jouent le rôle d’intermédiaires dans l’illégalité ; qui utilisent des paiements en espèces pour échapper à la traçabilité ; qui effectuent des transactions en dissimulant l’origine des ressources naturelles de contrebande ; à travers des réseaux d’entreprises écrans.

C’est peut-être cela qui justifie que de tous les pays membres de la CIRGL, seule la République Démocratique du Congo a mis en œuvre, de manière effective, le mécanisme de certification érigé par cette organisation. Pourtant, sans le respect de ce mécanisme, les acheteurs arriveront toujours à se soustraire de ses contrôles, entrainant ainsi d’énormes manques à gagner pour les économies des pays concernés.

Ainsi, par exemple, l’étude des volumes de production et d’exportation de l’or qui transite par certains pays voisins, montre que plus de 95% de l’or exporté vers l’un de ces pays ne provient pas de son sous-sol. C’est aussi le cas en Ituri, notamment à Bunia, centre important de contrebande, avec un peu plus d’une tonne d’or achetée et exportée illégalement de la RDC vers un pays voisin en 2019, représentant un manque à gagner d’environ deux millions USD pour le Trésor congolais.

Monsieur le Président,

Pour ma délégation, seul un contrôle efficace de l’origine des minerais, par les négociants au niveau des pays de destinations, empêchera les réseaux des trafiquants à poursuivre, voire à intensifier leur trafic vers les pays voisins et au-delà.

C’est de cette manière, que l’exploitation illégale de l’or au Sud-Kivu, en proie à des violences perpétrées par les groupes armés, ou du diamant illégalement exploité en République Centrafricaine, dont les capacités de contrôle sont grandement réduites, malgré par ailleurs, l’engagement de ce pays dans le Processus de Kimberley, pourra être arrêter.

C’est aussi, de cette manière que l’on pourra mettre fin, à la connivence qui existe entre certains groupes armés, comme les Maï-Maï Yakutumba et les Mai-Mai Malaika et certains responsables, tel que cela a été documenté autour des mines de Namoya et Kachanga, où opère le Général sous sanctions, Mundos.

Il est enfin nécessaire, que les intérêts de milliers, voire de millions d’exploitants artisanaux, dans les provinces de l’Est, soient conciliés à ceux des exploitants industriels, pour permettre une gestion rationnelle du cuivre et du cobalt, qui représentent plus de 75% des exportations dans ce domaine.

Monsieur le Président,

Les évolutions positives enregistrées ces derniers temps dans la région des Grands Lacs, consacrent incontestablement, le retour de la République Démocratique du Congo, sur la scène régionale. Ce pays continent, aux innombrables ressources, est une chance pour l’ensemble de la région, pour son unité politique, sa stabilité et son développement. Ces pays ont fort opportunément jeté les bases qui leur permettront de relever les défis auxquels ils sont aujourd’hui confrontés, à travers l’Accord Cadre d’Addis Abeba sur la RDC et la Région des Grands Lacs. Il est grand temps pour cette région, de donner toute sa pertinence à l’Accord de Lusaka de 2010, sur l’exploitation illégale des ressources naturelles, conclu dans le cadre de la CIRGL, en vue de faire du mécanisme de contrôle et de certification de conformité, une réalité dans l’ensemble de la région. 

La mise en œuvre des projets de développement intégrateurs, qui permettent à tous les Etats, de jouir de la paix, de la sécurité et de la prospérité, est un autre pilier sur lequel la volonté commune de vivre ensemble entre tous les Etats de la région doit être bâtie.

Je vous remercie

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