Briefing au Conseil de Sécurité de Madame Leila Zerrougui Représentant spécial du Secrétaire général et chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo

Briefing au Conseil de Sécurité de Madame Leila Zerrougui Représentant spécial du Secrétaire général et chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo

M. le Président, Membres distingués du Conseil

Je vous remercie de l’occasion de vous informer sur la situation en République Démocratique du Congo et de présenter les différents défis auxquels nous sommes actuellement confrontés dans le pays. Ceci dans un contexte socio-économique fragile, marqué par des tensions politiques et une recrudescence de la violence dans certaines parties de l’Est.   La pandémie du COVID-19 a introduit une couche supplémentaire de complexité et de préoccupation pour les questions existantes auxquelles nous sommes confrontés dans le pays. 

Le gouvernement s’est naturellement concentré ces derniers mois sur la réaction immédiate à la menace posée par la pandémie mondiale.  Avec l’aide de la MONUSCO, comme décrit dans le rapport du Secrétaire Général qui vous a été soumis, les autorités de la RDC ont entrepris diverses initiatives pour limiter la propagation du virus et alléger le fardeau socio-économique déjà imposé à la population par les restrictions de circulation, les fermetures de frontières et d’autres mesures prises pour faire face à la pandémie. Ses mesures nécessaires ont néanmoins ralenti le rythme du programme du Gouvernement et le plan de réforme.

Monsieur le Président, membres distingués du Conseil,

À ce jour, la coalition au pouvoir, composée du Cap pour le Changement (CACH) du Président Tshisekedi et du Front Commun pour le Congo (FCC) de l’ancien Président Kabila, continue de préserver cette unité.  Il est de mon avis que ces dirigeants politiques ont compris que maintenir cette coalition politique intacte est une condition essentielle pour faire progresser le large éventail de gouvernance, de sécurité et de défis socio-économiques qui font encore obstacle à la stabilisation à long terme du pays.

En parallèle, il existe en effet, au sein de la coalition, de graves tensions qui sont souvent perturbées par des manœuvres partisanes conduisant à une érosion de la confiance entre ses partenaires.  Malheureusement, au cours de ces derniers jours, la coalition a été mise à l’épreuve par suite de l’introduction de trois projets de loi par les parlementaires de la FCC qui sont perçus à la fois par l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) et l’opposition, comme voulant déstabiliser la séparation des pouvoirs et affaiblir l’indépendance du pouvoir judiciaire. Hier, un grand nombre de sympathisants de l’UDPS ont violé l’enceinte de l’Assemblée Nationale et vandalisé un certain nombre de propriétés privées pour manifester contre ce projet.

Je n’épargne donc aucun effort dans le contexte de ma médiation, pour rappeler aux interlocuteurs l’opportunité qui leur est offerte par le résultat du processus électoral de 2018, et que les progrès du pays reposent sur la volonté des acteurs de l’ensemble de l’échiquier politique de mettre de côté la partisanerie afin d’éviter une crise politique qui pourrait avoir des conséquences majeures sur la stabilité du pays.

Le maintien du soutien populaire à la coalition CACH-FCC et à la dispense politique global a également été mise en évidence par la détérioration de la situation socio-économique et les controverses politiques qui dominent les manchettes nationales.

Il s’agit notamment du procès, de la sentence et la condamnation du Chef d’Etat-Major du Président Vital Kamerhe, et du renouvellement de la Commission Electorale.  Il y a beaucoup de frustration de la part de la population, dont la plupart vivent dans des conditions d’extrême pauvreté et dépendent de leurs gains journaliers.   La pandémie n’a fait que rendre cette situation encore plus précaire. 

Monsieur le Président, membres distingués du Conseil,

Tout à la fois, de nombreuses régions de l’Est de la RDC continuent d’être déchirées par la violence en raison des activités de groupes armés et de conflits intercommunautaires. Cette tendance a été facilitée par les effets d’instabilité politique et la pandémie ayant eu un impact sur la capacité du gouvernement à prendre des mesures structurées et globales contre les ceux qui commettent des violences à l’encontre des civils.

La situation dans certaines parties de l’Ituri, en particulier, s’est gravement détériorée au cours des derniers mois. Une intensification des attaques contre les civils et les forces de sécurité par les assaillants associés à la communauté Lendu a, à son tour, incité les jeunes d’Hema et d’Alur à créer des-groupes d’autodéfense, suscitant la crainte d’une nouvelle ethnicisation du conflit.  De même, les rapports d’incursions d’éléments des Forces de Défense Populaires du Soudan du Sud dans le territoire d’Aru, au nord de l’Ituri, ont conduit à une protection supplémentaire des préoccupations des civils et au déplacement de la population locale.  

Au Nord Kivu, on s’inquiète de ce qui semble être l’intention des Forces Démocratiques Alliées (ADF) de regrouper et d’intensifier les attaques entraînant une augmentation du nombre de victimes civiles. Le 22 juin, un convoi de la MONUSCO a été pris en embuscade par des éléments présumés de l’ADF près de la ville de Beni, alors qu’il rentrait à la base après avoir reconstruit un pont endommagé. Un casque bleu indonésien a perdu la vie et un autre a été blessé dans cet incident tragique. C’est un rappel brutal du sacrifice ultime que nos casques bleus sont prêts à payer pour protéger les civils et faire progresser la paix et la stabilité en République Démocratique du Congo.

Dans les hauts plateaux du Sud de Kivu, les conflits intercommunautaires en cours ont encore dégénéré, avec la prolifération de milices parmi toutes les communautés.   Les efforts visant à désolidariser les communautés de la milice et à empêcher les acteurs extérieurs de soutenir leurs programmes seront essentiels pour faire face à l’escalade de la violence dans la région.

Enfin, dans le territoire de Nyunzu, dans la province de Tanganyika, plus de 100 civils ont été tués dans des conflits intercommunautaires entre Twa et Bantu au cours des derniers mois et les tensions restent vives dans les zones voisines.

Monsieur le Président, membres distingués du Conseil,

Pour résoudre ces problèmes, la MONUSCO continue de poursuivre une approche globale, qui regroupe des déploiements actifs de troupes dans les zones sensibles pour la protection des civils, l’engagement communautaire, l’élaboration de stratégies de protection ciblées et la fourniture d’un soutien logistique critique à grande échelle aux opérations des FARDC.   Je voudrais souligner et rendre hommage aux soldats des FARDC et aux contingents en uniforme de la MONUSCO, qui accomplissent leurs tâches dans un environnement extrêmement difficile et dangereux, travaillant pour la cause de la paix. Les forces de sécurité de la RDC ont besoin de notre plein soutien pour le travail qu’elles réalisent et ont effectivement besoin d’une aide continue et significative pour améliorer leurs capacités logistiques, de formation et opérationnelles.  La réforme du secteur de la sécurité au profit des forces Congolaises doit donc continuer d’être une priorité pour le Gouvernement et un domaine vital que la Mission et la communauté internationale doivent soutenir.

Il est important de noter que, malgré l’augmentation de la violence dans plusieurs provinces, la Mission a activement continué de saisir l’occasion d’appuyer le Gouvernement dans ses efforts locaux de réconciliation.  Dans le territoire du sud de l’Irumu, par exemple, la situation sécuritaire a continué à s’améliorer depuis la signature de l’accord de paix avec la Force de Résistance Patriotique de l’Ituri (FRPI), posant les fondations nécessaires pour surmonter un conflit qui a duré près de deux décennies.

Compte tenu de la nature interdépendante de la stabilisation politique, de l’amélioration de l’environnement de sécurité et de la protection des civils, ainsi que du développement socio-économique, la MONUSCO et l’Équipe des Nations Unies du pays accordent la priorité à la mise en œuvre de programmes d’élaboration pour soutenir la transition dans les zones qui évoluent vers un état d’après-conflit.  Nous cherchons à renforcer la coopération avec la Banque Mondiale et d’autres partenaires et donateurs pour, entre autres initiatives, contribuer au développement économique et à la cohésion sociale dans les Kasais, qui continuent de connaître des améliorations en matière de sécurité.  Je crois fermement que la mise en œuvre d’un tel programme de transition est un élément crucial pour assurer un environnement qui permette la sortie responsable et durable de la Mission.

Je voudrais également profiter de l’occasion pour souligner les synergies dont bénéficie la MONUSCO dans les efforts visant à améliorer le climat politique dans l’ensemble de la Région des Grands Lacs.   À cet égard, la Mission travaille en étroite collaboration avec le Bureau de l’Envoyé Spécial sur une série de questions, notamment pour promouvoir des mesures non militaires visant à résoudre les conflits dans la région. L’Union Africaine et les organisations régionales continuent également de jouer un rôle essentiel dans la promotion de la paix et du développement dans la sous-région.  La Communauté de Développement de l’Afrique Australe, par exemple, demeure un partenaire clé dans ces efforts, comme en témoigne son rôle actif dans la résolution du récent différend frontalier entre la RDC et la Zambie.

Monsieur le Président, membres distingués du Conseil,

La bonne collaboration avec la Présidence, le Gouvernement et d’autres autorités facilite grandement le travail de la MONUSCO pour accompagner le pays sur la voie de la stabilisation à long terme. Comme je l’ai souligné dans mes récentes séances d’information, ceci demeure une occasion de réaliser des progrès à long terme en RDC, pouvant ouvrir la voie à un retrait responsable et durable de la Mission dans les années à venir.

Bien que les restrictions liées au COVID-19 et à l’augmentation de la violence dans l’Est aient entravé les efforts visant à maintenir un dialogue structuré avec le Gouvernement, comme le demande ce Conseil, la Mission poursuit sa planification interne et espère s’appuyer sur la relation constructive pour accélérer l’élaboration d’une stratégie commune dès que le contexte deviendra plus favorable. 

En ce sens, je demande aujourd’hui à ce Conseil de continuer à soutenir les travaux de la MONUSCO ainsi que l’ensemble des activités menées par l’Organisation des Nations Unies dans le pays, y compris en ce qui concerne le financement de l’aide visant à arrêter la propagation du COVID-19 et pour répondre à la multiplicité des urgences humanitaires auxquelles la population continue de faire face.

Enfin, je voudrais exprimer ma gratitude aux pays contributeurs de troupes de la MONUSCO, qui ont fait preuve d’une grande flexibilité en ce qui concerne l’arrêt temporaire des rotations de troupes qui ont été nécessaires pour que la Mission elle-même ne devienne pas un vecteur de transmission du COVID-19.  Je remercie également le personnel civil de la Mission, qui effectue un travail indispensable en cette période d’incertitude accrue et de restrictions de mouvement.

M. le Président, Membres distingués du Conseil,

Merci de votre attention.

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