Allocution de S.E.M KALLA ANKOURAO Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Conseil de Sécurité sur les Effets Humanitaires de la Dégradation de l’Environnement sur La Paix et la Sécurité.

Allocution de S.E.M KALLA ANKOURAO Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Conseil de Sécurité sur les Effets Humanitaires de la Dégradation de l’Environnement sur La Paix et la Sécurité.

Excellences Mesdames et Messieurs, 

Permettez-moi tout d’abord d’adresser un mot de compassion envers les victimes des inondations aux Niger et dans le sahel. A l’heure où nous débâtons des effets du changement climatique, ces catastrophes viennent à nous rappeler à quel point l’impact humanitaire peut être grande sur les populations du sahel et du bassin du lac Tchad et source d’instabilité et de défis sécuritaires.  

Zone d’extrême pauvreté, de croissance démographique exponentielle, de faim chronique et de malnutrition,  la région du Sahel et du bassin du lac Tchad, est soumise à une très forte variabilité climatique qui se traduit par la modification des régimes pluviométriques, l’apparition de phénomènes météorologiques extrêmes, des sécheresses récurrentes, dont notamment trois en l’espace d’une décennie, avec des effets perceptibles sur les terres agricoles (le Niger en perd 100.000 hectares par an), les pâturages et la disponibilité en eau. Le taux de fréquence élevée de ses chocs climatiques anéanti la capacite des ménages vulnérables à faire face à ses crises et se remettre à temps avant qu’elles ne soient frappées à nouveau. 

A cela, il faut ajouter une situation sécuritaire et une stabilité sociale des plus alarmante. L’aggravation de la violence dans la zone des trois frontières de même que dans le bassin du Lac Tchad a conduit à de nouveaux pics de déplacement à travers la région. Aujourd’hui une personne sur 4 dans le sahel vit en zone de conflit et 4,5 millions de personnes sont soit des déplacés internes ou des refugies. Cela représente presque trois fois plus qu’en 2012.  

Dans ce contexte le changement climatique et la dynamique des conflits, créent une boucle de rétroaction, où les impacts du changement climatique engendrent des pressions supplémentaires, tandis que les conflits sapent les capacités des communautés à faire face », comme l’ont si bien indiqué les organismes présents sur place.  

Excellences Mesdames et Messieurs, 

Comme la indiqué Son Excellence Mahamadou Issoufou, Président de la République du Niger, et champion de la cause climatique, la situation au sahel montre combien le dérèglement climatique et la dégradation de l’environnement ont un impact sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Avec les conflits, il est en effet l’une des causes de l’accroissement de la famine ces dernière années. Dans une région ou la vaste majorité de la population vit de l’agriculture, l’augmentation de 2 degrés Celsius à l’horizon 2050 prédit par les experts, pourrait entrainer, si on n’y prend garde, un accroissement de 95% des malnutries en Afrique de l’Ouest de même que 15 à 25% de réduction dans la production alimentaire. 

Force est de constater aussi que ce dérèglement, avec son lot de sècheresses, mais aussi de d’inondations, entraîne la disparition progressive des infrastructures attenantes aux côtes et des cordons de protection, ainsi que la dégradation des écosystèmes côtiers, de même que l’augmentations de maladies telle que le choléra, le paludisme, et bien d’autres.

Excellences Mesdames et Messieurs, 

Le Niger n’a eu cesse de répéter, au cours des différents débats sur le sujet au sein de conseil, la nécessiter pour ce Conseil d’examiner cette question. Tout comme nous l’avons fait avec le COVID-19, la prise en compte du changement climatique, qui est n’en point douter aussi une autre pandémie, comme une menace a la paix et à la sécurité, ne doit pas être source de division. La lutte contre les risques sécuritaires liés au changement climatique nécessitera un changement systémique majeur, mais surtout une volonté politique et un changement de mentalité des membres de ce Conseil. 

En tant que Conseil, notre objectif n’est pas seulement de gérer les conflits. Nous avons la responsabilité fondamentale de les prévenir. Il est donc essentiel à cet égard de comprendre les causes, les effets et les complexités du changement climatique surtout dans les zones de conflits. 

Comme l’on noté nos intervenants, ces conflits eux-mêmes nuisent trop souvent à l’environnement et aux infrastructures essentielles sur lesquelles les gens comptent pour survivre. Cela menace leur santé et leurs moyens de subsistance et limite leur résilience face à l’évolution du climat et de l’environnement.   

Dans ce contexte, le respect du droit humanitaire international, y compris la protection de l’environnement naturel, s’avèrent nécessaire et se doit d’être intégré dans les manuels militaires mais aussi au niveau des opérations de maintiens de la paix. 

Je ne saurais finir sans souligner l’importance des organisations civiques, religieuses, sociales et politiques dans la vulgarisation et le renforcement de respect du droit humanitaire international dans la lutte contre la dégradation de l’environnement dans les zones de conflits armés. 

Je vous remercie,

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