Allocution de M. Abdou Abarry, Représentant Permanent du Niger auprès des Nations Unies sur la Situation en Libye

Allocution de M. Abdou Abarry, Représentant Permanent du Niger auprès des Nations Unies sur la Situation en Libye

Madame la Présidente,

Je souhaite de prime abord, adresser un vibrant hommage à Mme Stéphanie Williams, Représentante Spéciale par intérim du Secrétaire général en Libye pour la qualité de son exposé ainsi que pour les efforts personnels qu’elle déploie pour la stabilisation de la Libye.

Je souhaite également la bienvenue au Représentant Permanent de la Libye pour sa participation à cette session.

Madame la Présidente,

Notre réunion d’aujourd’hui se tient sur fond d’évolutions positives sur le plan politique et de sécurité en Libye ces derniers temps, en particulier la signature de l’accord de cessez-le-feu intervenu le 23 octobre. Le Niger salut cette avancée, qui illustre la volonté des libyens d’aller de l’avant.

Cet Accord, dis-je, est également l’aboutissement des engagements communs et complémentaires de plusieurs acteurs, dont les Nations Unies.

Ma délégation voudrait à cet effet, réitérer toute son appréciation pour les efforts probants de la Mission d’Appui des Nations Unies en Libye (MANUL), et sa Cheffe, Mme Stéphanie Williams, les pays voisins, les organisations régionales, notamment l’Union Africaine, la Ligue des États Arabes, et l’Union Européenne dans la promotion d’un dialogue pacifique.

Les cycles de pourparlers entre les délégations libyennes du Haut Conseil d’État basé à Tripoli et le Parlement de Tobrouk, qui se sont tenus au Maroc ainsi que le Forum de Dialogue Politique Libyen (LPDF) à Tunis, sont à saluer, en ce qu’ils ont grandement contribué à enclencher la dynamique positive actuelle.

A cet égard, nous soutenons la proposition de la France visant à l’organisation d’une réunion des pays voisins de la Libye pour contribuer au processus de sortie de crise.

Nous sommes encouragés par les efforts et la volonté des libyens que nous avons observés durant les récentes consultations du Comité militaire mixte 5 + 5 à Ghadames, pour mettre en œuvre l’accord de cessez-le-feu du 23 octobre.

Cela constitue un pas décisif vers la stabilisation de la Libye mais, disons-le, qui ne sera véritablement signe d’avancées qu’avec le départ des forces étrangères, des mercenaires et l’arrêt des ingérences extérieures.

Le Niger se félicite de la création d’une équipe de planification inter-institutions pour la Libye, par le Secrétariat des Nations Unies, en vue d’un éventuel appui à la mise en œuvre du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, de manière intégrée et en temps opportun.

Nous appelons les parties libyennes concernées à appliquer pleinement cet accord, à respecter le droit international humanitaire, et à poursuivre leurs efforts pour parvenir à des résultats concrets par le dialogue politique, économique et sur les aspects militaires, conformément à la résolution 2510 du Conseil de Sécurité. 

En outre, le Niger est encouragé par l’annonce de l’organisation d’élections d’ici décembre 2021. Nous appelons la communauté internationale et les Nations Unies en particulier, à prendre très tôt des mesures d’appui au processus électoral, qui constituera sans nul doute, un jalon important sur la voie de la normalisation de la situation en Libye.

À l’endroit des belligérants, nous disons que la vraie légitimé s’obtient par la voie des urnes et non par celle des alliances extérieures, qui ne sauraient remplacer le dialogue entre les filles et les fils de la Libye.

Madame la Présidente,

Sur le plan économique, les graves conséquences du conflit ont engendré une détérioration des conditions de vie et réduit l’aptitude, jadis légendaire, de la Libye à assurer au-delà de ses services sociaux de base, les autres aspects qui concourent à l’épanouissement de ses populations. La chute de la production pétrolière y a fortement contribué à cet état de fait.

A cet égard, nous saluons le fait qu’aujourd’hui, toutes les installations pétrolières soient désormais ouvertes, tout comme l’augmentation de la production journalière, qui est maintenant de 1.000.000 barils, selon la National Oil Corporation. 

Nous espérons que cette reprise de production pétrolière servira à couvrir les besoins urgents des libyens où qu’ils se trouvent.

S’agissant de la situation humanitaire, nos inquiétudes demeurent. En effet, la COVID-19 continue de faire des ravages dans ce pays, où les violences n’ont même pas épargné les infrastructures sanitaires. Nous sommes d’autant plus inquiets qu’il est actuellement enregistré plus de 70.885 cas confirmés, dont 970 personnes décédées.

Dans un tel contexte, une attention particulière doit être accordée à la situation des migrants africains se trouvant dans des camps de détention et qui sont souvent utilisés comme des combattants ou des boucliers humains par les différents groupes armés dans ce pays.

Il est regrettable de constater que malgré ce danger réel, plus de 11 000 personnes ont été renvoyées en Libye, au risque d’être exposées à des violations des droits humains, à la détention, aux abus, au trafic et à l’exploitation, comme l’ont documenté les Nations Unies.

Madame la Présidente,

Je terminerais mon propos par ce constat d’espoir : Aujourd’hui on a le sentiment que les libyens, comme leurs soutiens, ont pris conscience que l’option militaire ne marchera pas. C’est certainement pourquoi des progrès appréciables sont en train d’être enregistrés aussi bien au plan politique (avec le lancement du processus de discussions), militaire, (avec un cessez-le-feu qui tient tant bien que mal), qu’économique, avec la gestion collégiale des revenus du pétrole, dont la production a été largement augmentée.

Il est temps, il est vraiment grand temps, Madame la Présidente, qu’on laisse les libyens discuter entre eux, de la destinée de leur pays ! Il est temps, il est vraiment grand temps, qu’on laisse les libyens débattre et non plus se battre.

JE VOUS REMERCIE.

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