Allocution de M. Abdou ABARRY, Représentant Permanent du Niger auprès des Nations Unies au débat Public du Conseil de Sécurité sur Les enfants dans les conflits armés : Attaques contre les écoles : une grave violation des droits de l’enfant (au nom des A3+1)

Allocution de M. Abdou ABARRY, Représentant Permanent du Niger auprès des Nations Unies au débat Public du Conseil de Sécurité sur Les enfants dans les conflits armés : Attaques contre les écoles : une grave violation des droits de l’enfant (au nom des A3+1)

Je voudrais faire la présente déclaration au nom des A3+1 : Afrique du Sud, Tunisie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et mon pays, le Niger. Je voudrais remercier la Représentante Spéciale du Secrétaire Général, Madame Gamba et la Directrice Exécutive de l’UNICEF, Madame Fore, pour leurs exposés complémentaires et qui nous donnent de la bonne matière pour nos discussions de ce jour. Nos discussions interviennent, il faut le signaler, dans le cadre de la Commémoration de la Première Journée Internationale de Protection de l’Education contre les Attaques.

Quoi de plus normal, en cette circonstance, que d’écouter la voix des victimes de ce phénomène que nous dénonçons et qui, du fond de leur détresse, nous disent que c’est le moment pour nous d’agir.

Hadiza et Rimana, deux jeunes filles nigériennes, dont nous venons de suivre les témoignages poignants, nous rappellent combien il est urgent d’écouter l’appel au cessez-le-feu du Secrétaire Général des Nations Unies et celui de « Faire taire les armes en Afrique » de l’Union Africaine pour faire régner la paix, pour créer les conditions de protection des écoles contre les attaques et promouvoir une éducation de qualité pour tous les enfants, en accordant une attention particulière aux enfants touchés par les conflits et la violence.

Hadiza et Rimana, vous pouvez être assurées que nous vous avons écoutées et que votre message nous donne des raisons supplémentaires d’agir.

Dr Marika Tsolakis, de la Coalition Globale pour la Protection de l’Éducation contre les Attaques, les informations que vous venez de partager avec nous, nous ont permis de mesurer l’impact des attaques contre les écoles, cette barbarie de notre temps, sur l’éducation des enfants, notamment celle de la jeune fille.

Lorsque l’accès à l’éducation est retiré à un enfant dans une situation de conflit, c’est une tragédie qui lui enlève également ce que la plupart des enfants désirent et ce à quoi ils ont droit, la possibilité d’apprendre et de développer leur imagination dans un environnement sain et sécurisé. Trop souvent, dans les situations de conflit armé, les écoles et les personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles, sont victimes d’attaques et de menaces d’attaques. C’est pourquoi, il est essentiel que nous évaluions les progrès réalisés depuis l’adoption de la résolution 1998 (2011) du Conseil de sécurité et des résolutions connexes ultérieures et que nous renouvelions notre engagement à offrir un environnement d’apprentissage adéquat à tous les enfants.

Les A3+1 reconnaissent les développements importants intervenus dans la protection des écoles, contre les attaques et les menaces d’attaques, au niveau mondial. La signature d’un plan d’action pour décourager les attaques contre les écoles, entre un groupe armé en République centrafricaine et le Bureau de la Représentante Spéciale sur les enfants et les conflits armés méritent, à cet égard, d’être cité en exemple. Des actions, comme celle-là, devraient être reproduites dans d’autres situations de conflit dans la poursuite de cet objectif majeur, qu’est la protection des écoles et des personnes opérant dans de tels environnements.

Nous saluons les efforts déployés, comme par exemple au Mali où le gouvernement a mis en œuvre de façon efficace, les engagements pris dans la Déclaration sur la sécurité dans les écoles ou encore, au Burkina Faso, avec l’extension de l’enseignement à distance, lié à la pandémie du COVID-19, aux enfants touchés par le conflit en collaboration avec l’UNICEF, l’UNESCO, et les organismes régionaux.

Alors que le monde s’efforce à adapter l’éducation au difficile contexte de la pandémie mondiale, il convient de mettre davantage l’accent sur la nécessité d’assurer une éducation de qualité aux enfants, y compris ceux qui se trouvent dans des situations de vulnérabilité, comme les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, les réfugiés, les enfants en situation de handicap et les enfants séparés des conflits et qui suivent des programmes de réinsertion.

Nous sommes, tout autant, préoccupés par les vulnérabilités particulières des filles dans les contextes de conflit, auxquels s’ajoutent les pesanteurs sociales, toutes choses qui impactent gravement leur éducation. Dans de nombreuses régions du monde, celles-ci ont beaucoup moins de chances de retourner à l’école après les fermetures ou la destruction des infrastructures scolaires. Dans les pays touchés par un conflit, les filles ont deux fois moins de chances d’être scolarisées que celles vivant dans les pays en paix. Elles sont également plus susceptibles de subir des violences sexuelles et sexistes sur le chemin de l’école. Il convient d’accorder une attention particulière à la problématique des violences et des traumatismes subis par les filles, dans les situations de conflit, en vue de mieux définir les moyens et autres stratégies à mettre en place pour y faire face.

En l’absence d’actions rapides et globales, la réduction de l’accès à l’éducation due aux conflits, à l’insécurité et à la COVID19, aura des conséquences désastreuses. La déclaration présidentielle adoptée aujourd’hui même, à l’initiative du Niger et du Royaume de Belgique, se concentre spécifiquement sur le ciblage des écoles dans le cadre plus large de la protection des enfants dans les conflits armés et appelle à des efforts hardis pour remédier aux effets néfastes de ces attaques, au nombre desquels, le travail des enfants, le recrutement forcé des enfants par les groupes armés ainsi que le mariage précoce.

Des filles comme Rimana, que nous avons écoutée aujourd’hui, nous disent qu’il est possible de faire autrement, comme dans la région du Sahel ou du Bassin du Lac Tchad, où des groupes armés terroristes ciblent spécifiquement les écoles. Nous avons tous en mémoire la tragédie des filles de Chibok, au Nigeria, arrachées à leur éducation et à l’affection de leurs familles par les fanatiques du groupe terroriste Boko Haram.

Entre avril 2017 et décembre 2019, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont vu le nombre d’écoles fermées pour cause de violence, multiplié par six. Rien que durant les sept premiers mois de l’année en cours, plus de 90 incidents d’attaques contre l’éducation ont eu lieu dans le Sahel central. Dans certaines parties de la région, la situation d’insécurité a conduit à un schéma inquiétant de fermetures d’écoles : en Décembre 2019, il a été répertorié, plus de 3 300 écoles fermées, du fait de l’insécurité, perturbant ainsi, l’éducation de plus de 650 000 enfants dans les trois pays. Dans 35 pays affectés par les conflits dans le monde, 75 millions d’enfants et adolescents ont leur éducation perturbée par cette situation.

Si les écoles sont devenues la cible des groupes armés terroristes, notamment au Sahel, c’est parce qu’elles constituent un creuset du savoir, un centre de la connaissance. Les écoles donnent la lumière, alors que l’idéologie de la violence portée par les groupes terroristes, elle se nourrit de l’ignorance et de l’obscurantisme. Des enfants éduqués sont le fer de lance d’une société responsable. Ils sont les piliers sur lesquels se bâtit une nation forte.

Les États doivent dès lors s’engager à adopter des législations et des politiques, axées sur la protection de l’enfant, qui prennent en compte la dimension genre et qui sont conformes au droit international humanitaire, à la Convention relative aux droits de l’enfant et à ses protocoles facultatifs concernant les enfants dans les conflits armés. Ils doivent aussi s’engager à respecter davantage le caractère civil des écoles. Un tel dispositif de protection, pour être efficace, devrait impliquer, en plus des États, tous les autres partenaires de l’école et reposer sur une surveillance et communication, informant sur le caractère inacceptable des attaques contre les écoles.

Pour qu’un tel dispositif fonctionne de façon efficiente, il est également urgent d’augmenter les ressources susceptibles de créer pour les enseignants et les élèves les conditions d’un apprentissage approprié en ligne et hybride, afin qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte. La tenue de statistiques fiables sur les écoles détruites, permettra quant à elle, de mieux cerner les contours de ce phénomène et de permettre les opérations de réhabilitation et de reconstruction, avec notamment, le soutien de l’UNICEF et des autres entités compétentes des Nations unies.

Ces opérations de réhabilitation et de reconstruction sont, à notre avis, la meilleure réponse pour renforcer le rôle des écoles comme vecteur de promotion et de consolidation de la paix, car comme nous l’avions dit plus haut, c’est par l’éducation qu’on combat l’obscurantisme, le fanatisme, mais également le terrorisme.

Avant de conclure, j’ai l’agréable plaisir de vous annoncer que Saint-Vincent-et-les-Grenadines vient d’approuver la déclaration sur la sécurité dans les écoles, rejoignant ainsi les 104 pays déjà signataires.

Je vous en remercie.

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